Une hiérarchie des besoins
Abraham Maslow appelle « besoins fondamentaux » l’ensemble de la catégorie des besoins physiologiques et des besoins sociopsychologiques (sécurité, appartenance, estime).
Ensuite, ce qu’il appelle les « besoins ontiques », ce sont ceux qui appartiennent à la catégorie des besoins d’amour, d’accomplissement de soi, de considération, mais aussi d’esthétique, de justice,
Le besoin d'estime
Le besoin d’estime fait partie des besoins psychosociaux, concerne la construction du moi, et fait juste suite aux besoins d’appartenance et de sécurité, donnant la garantie d’un minimum vital.
Il est intéressant de remarquer que dans le « besoin d’appartenance », un individu renonce à lui-même et accepte d’être « comme le groupe veut qu’il soit » afin de faire partie de la communauté.
Puis, étant assuré de faire partie de la communauté, se déploie le « besoin d’estime ». Ici, même s’il semble se mettre plus en avant, le sujet renonce aussi à lui-même. En fait, ce qu’il met en avant, ce n’est pas « qui il est », mais « ce qui sera admiré de tous ».
S’il en résulte une certaine satisfaction, c’est sans compter sur le fait que, rapidement, l’intérêt que suscite l’apparence montrée n’apporte aucune considération à l’être proprement dit.
Le besoin de considération et de reconnaissance
Le besoin de considération est tout autre. Il n’est plus un besoin psychosocial, mais un besoin ontique (un besoin d’être et non plus un besoin de paraître). Maslow cite à ce niveau les besoins de reconnaissance, d’amour, d’harmonie, d’esthétique, de justice, de justesse, d’authenticité, de considération… etc.
Il distingue clairement ces besoins de tous les autres qui les « précèdent… » pour finalement nous dire que ces besoins ontiques sont fondamentaux (« premiers »). Ils sont même, selon lui, un fondement sans lequel tous les autres besoins restent insatiables quel que soit leur degré de satisfaction.
Il en résulte qu’une personne satisfaite sur le plan ontique supportera des frustrations au niveau physique ou psychosocial, alors qu’une personne frustrée sur le plan ontique aura toujours besoin de plus de tout, sans jamais se sentir rassasiée.
Il se trouve que la considération ou la reconnaissance sont des denrées plus rares et plus précieuses que l’admiration ou l’estime. Le versant ontique des échanges humains ne se situe pas au niveau d’une échelle de valeur, mais au niveau d’une échelle existentielle de bonheur.
La sensation de plénitude à ce sujet ne vient pas de la valeur que l’autre nous accorde, mais du bonheur qu’il éprouve lorsqu’il nous rencontre, pas de son admiration aveugle et fascinée.
Outre le climat de justice, d’harmonie et d’esthétique, si nécessaire à la paix des âmes, le sentiment d’être source de bonheur pour quelqu’un est un fondement sans lequel tout semble fade.
Certains ont eu la chance de recevoir un tel présent dès leur berceau. Des praticiens comme Donald Wood Winnicott (psychanalyste) ou Frans Veldman (père de l’haptonomie) ont bien pointé combien ce regard du parent (en particulier de la mère) confirme l’enfant dans sa place au monde. « Vu avec bonheur » sa place se trouve légitimée, « vu avec souffrance » il doutera de cette légitimité. Or, les parents ne sont aucunement coupables de ce regard qu’ils portent. Ils peuvent être soucieux, inquiets, pour plein de raisons qui n’ont rien à voir avec la qualité existentielle de l’enfant. Mais l’enfant peut l’interpréter de telle façon qu’il s’en sente responsable et, de ce fait, doute de sa place au monde et du bonheur dont il est la source. Cette frustration ontique initiale le fera courir insatiablement après l’estime.
Mais, comme nous venons de le voir, l’estime ne comble pas le niveau ontique. Les valeurs du moi sont dérisoires par rapport à la considération (co-sidéral : tous les deux des étoiles en constellation) et la reconnaissance (re-co-naissance : naître de nouveau ensemble au monde).
Le niveau ontique est satisfait par la validation existentielle, qui s’opère par la réjouissance que l’on éprouve à la rencontre de l’autre (il ne s’agit en aucun cas d’une euphorie ou d’une niaise satisfaction… mais d’une délicate et subtile réjouissance).
